Sur la route 2 
2. Voyages, balades, découvertes, rencontres

La baie de Dubrovnik vue de la corniche.
La baie de Dubrovnik vue de la corniche.
Dubrovnik, destination slave, ambiance méditerranéenne

Un patrimoine architectural remarquable, des paysages idylliques, un littoral découpé en dentelle, un climat méditerranéen sur fond d'azur, des effluves entêtants... Chacun comprendra aisément pourquoi les voyagistes parlent de la Dalmatie et de sa capitale Dubrovnik comme de la perle de l'Adriatique.


Ce ne sont pas les visiteurs de retour de Croatie qui les démentiront, la réalité du terrain rivalisant avec les images proposées par les agences de voyage dans leurs brochures de papier glacé. Partout où le regard se pose, il y a matière à créer sa propre carte postale, tant le cadre se prête à photographier tout ce qui se présente à portée de vue. Et à moins d'être un esthète de la prise de vue, le modeste photographe des familles ne parviendra jamais à restituer ce qu'il voit.

Car effectivement, l'envoûtement agit dès la montée dans la navette qui conduit les voyageurs du tarmac de Cilipi à Dubrovnik. Dépourvue d'autoroute dans cette région méridionale, faute de superficie disponible pour construire une telle infrastructure sur l'étroite bande littorale, la route côtière serpente dans le vif du décor, avec la mer d'un côté et la montagne de l'autre. Alors, impossible d'envisager meilleure entrée en matière : la magie opère immédiatement.

Villages accrochés à la falaise, vue plongeante sur les petites criques, maisons les pieds dans l'eau, toitures rouges, îlots posés dans la baie, embarcations au mouillage... En moins de vingt petits kilomètres, distance qui sépare l'aéroport de l'hôtel de base, tout est dit avec ces panoramas offerts en guise de bienvenue. Personne ne pipe mot, tout commentaire demeure superflu. D'ailleurs, il est parfois des silences plus éloquents que les discours, ceux-là semblant dire : « Quoi d'autre après çà ? ».

La reconstruction grâce au tourisme international

Ce pays de l'ex-Yougoslavie qui fut l'un des premiers, juste après la Slovénie, à proclamer son indépendance a su tirer parti d'une autonomie chèrement acquise en s'ouvrant sur le tourisme international (12 millions de touristes pour 4,4 millions d'habitants). Il aura fallu auparavant en passer par une dévastatrice guerre qui aura duré jusqu'en 1995, mettant à genoux une partie des Balkans. En partie détruite, tout comme la Bosnie-Herzégovine voisine, la Croatie a quasiment reconstruit tous ses édifices bombardés à la faveur d'un programme de restauration de l'Unesco. Pour autant, le passé n'a pas été occulté, loin s'en faut. Même après l'entrée du pays dans l'Union européenne et ses perspectives de paix durable.

Pas un guide de voyage digne de ce nom ne se résoudra à soustraire une période qui fait partie de l'approche historique et politique du pays, fut-elle destinée à des touristes. « Vous les Français, vous faites partie de ceux qui se documentent le plus sur leurs destinations de vacances. Et ça nous convient parfaitement car nous avons besoin de raconter », concèdera notre cicéron dubrovčani (résident de Dubrovnik), en s'efforçant de partager avec force et conviction la part d'histoire de son héritage.

Pour autant, certaines manifestations visuelles ne manqueront pas d'interpeler les visiteurs sur les réminiscences d'une époque à jamais indélébile. Ainsi, ils auront été intrigués par le portrait géant d'un militaire accroché à la colline, telle une annonce publicitaire vantant quelque star improbable. Face à la curiosité de l'un d'eux le guide répondra spontanément que l'homme en question, le Général Ante Golovine, « est un héros de guerre ». Dont acte. Mais une recherche sur le net révélera que l'homme en question fut condamné pour crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, avant d'être acquitté en novembre 2012 à la grande satisfaction de la population. Une lecture que l'impertinent de service s'interdira de juger et d'interpréter, l'histoire s'en chargeant.
Le pont de Mostar, détruit pendant la guerre, puis reconstruit.
Le pont de Mostar, détruit pendant la guerre, puis reconstruit.

La Bosnie-Herzégovine, mosaïque de différences

En classant au patrimoine mondial de l'humanité la ville de Mostar et son célèbre pont, l'Unesco a contribué à faire connaître au monde entier un site au caractère architectural authentique et au-delà, un pays, la Bosnie-Herzégovine, dont les stigmates de la guerre sont encore visibles. Pour le voyageur, la découverte entre ces deux contrastes lui assène un incontestable choc.

A l'évidence, le voyage au cœur de ce pays de l'ex-Yougoslavie de Tito demande une approche non seulement touristique, mais aussi historique et politique... Tout commence au poste-frontière du corridor de Neum, sur la route de Dubrovnik en Croatie, en direction de Mostar et Sarajevo, où les autocars grand tourisme s'alignent pour un contrôle des identités qui n'a rien d'inopiné. Tout le monde y passe sans exception. Sous un ciel gris, de la même couleur que les préfabriqués métalliques qui bordent l'immense parking de béton, il est assez tôt dans la matinée. A priori, ça devrait aller vite. Normalement...

À bord des bus climatisés, des touristes en provenance de toute l'Europe, d'Asie - en grand nombre - et d'autres contrées sont fermement priés de rester à leur place et interdits de descente, comme de toute photographie d'ailleurs. Il règne une atmosphère de pays de l'Est, comme au temps où les contrôles tatillons étaient de mise aux différents check-point de feu le rideau de fer. Dans leur splendeur d'une ère yougoslave révolue, les douaniers ne pèchent pas par excès de précipitation en adoptant une lenteur désespérante au possible.

Trouvant la situation particulièrement absurde, les visiteurs ne manquent pas de s'interroger sur la pléthore de fonctionnaires qui auraient tout à gagner à les faire rentrer au plus vite dans le pays avec... leurs devises. C'est comme si le Ministère du tourisme local n'avait aucun moyen de faire entendre le sens de la raison et des intérêts à ses compatriotes. Le tarif minimun est le même pour tous : une bonne heure et demie d'attente. Le lendemain, des touristes espagnols attendront pendant près de trois heures et demie à la douane voisine du Monténégro.

Une république, une fédération, trois présidents, cent cinquante ministres

Curieusement, les guides se garderont d'accompagner la fronde en observant un mutisme de circonstance face aux railleries. Plus tard, l'heure des explications apprendra aux voyageurs que depuis l'entrée de la Croatie limitrophe dans l'Union européenne, les contrôles à ce poste frontière sont devenus plus rigoureux dans les deux sens, faisant dire à ces mêmes Croates : « Nous sommes devenus le rempart de l'Europe. Nous sommes votre nouvelle barrière avec les Balkans et ses migrants ».

Car l'épisode de la frontière est à l'image d'une Bosnie-Herzégovine qui ne sait plus à quel saint (au propre comme au figuré étant donné la concentration des « chapelles » sur le territoire) se vouer. Ici, chaque village, chaque quartier, quasiment chaque rue érige son église catholique, son clocher orthodoxe, son minaret, voire sa synagogue... et chacun se revendique d'une ethnie : on trouve les Serbes de Bosnie, les Croates de Bosnie, les Bosniaques (musulmans) de Bosnie, les Serbo-Croates de Bosnie, les Bosniens de Bosnie...

Depuis 1995 et la fin des conflits, le pays est principalement constitué de deux catégories politiques majeures, se répartissant à 51 % entre la Fédération (Bosniaques et Croates) et à 49 % avec la République serbe de Bosnie (Serbes). Chacune de ces deux entités dispose de son armée, sa police, sa justice, son système éducatif. Et même son propre alphabet, puisque les Serbes s'appuient sur l'alphabet cyrillique tandis que Bosniaques et Croates utilisent l'alphabet latin. Apothéose de cette énumération, ça donne rien de moins que trois présidents, quatorze gouvernements, cent cinquante ministres, etc. Ce qui fait dire à certains autochtones qu'ils disposent « de la plus grande administration du monde »...

Les textes ci-dessus ont été publiés dans un journal web désormais fermé et appartiennent à leur signataire, initiateur du présent projet. Ils ont vocation à remplir le vide de la page blanche en attendant d'être chassés par des contributions récentes.