Le bon sens des Français à l’épreuve du virus

14/03/2020

Conséquence du train de mesures annoncées dans l'allocution d'Émmanuel Macron pour enrayer l'épidémie de Coronavirus, les Français sont saisis de stupéfaction par l'ampleur du phénomène. Pour certains d'entre eux, le ciel est en train de leur tomber sur la tête, pour d'autres, les plus sceptiques notamment, l'heure est venue d'accepter l'événement.

Au drive des grandes surfaces, on remplit son coffre sans passer par les caisses du magasin.
Au drive des grandes surfaces, on remplit son coffre sans passer par les caisses du magasin.

Journal télévisé de 13 heures, au lendemain de l'intervention. Après les annonces faites la veille par le Président de la République, et en présence du Premier ministre venu expliquer les décisions du Gouvernement, tout en louant « le bon sens des Français », un reportage consacre un sujet sur des clients dans un magasin alimentaire quelque part dans une commune de province... On y voit des rayons se vider, d'interminables files d'attente se former à la caisse, des chariots déborder, des coffres se remplir... Scènes de plus en plus ordinaires d'un quotidien réitéré.

Pendant ce temps-là, dans une grande surface commerciale du sud Angevin, des collaborateurs de l'enseigne constatent l'irrationalité grandissante qui a saisi les gens. Nombreux sont ceux qui remplissent méthodiquement leurs caddies de certains produits de base : pâtes, riz, farine, produits sanitaires. Quand on leur suggère arbitrairement que les plus anciens sont probablement ceux par qui la pénurie va arriver, ils nous détrompent en nous apprenant que toutes les générations sont logées à la même enseigne. Les plus jeunes ne sont pas les derniers à être saisis par la fièvre acheteuse.

Le Covid-19, l'épidémie qui inquiète le monde entier.
Le Covid-19, l'épidémie qui inquiète le monde entier.

Une visite au Drive le confirme, la file d'attente demeure ininterrompue la journée durant. Employée dans le service, cette jeune salariée a même été appelée chez elle en renfort afin de répondre à la demande d'une clientèle qui découvre - pour une partie d'entre elle - une façon inédite de faire ses courses, hors du magasin. Inutile de se mêler à la foule et autant s'épargner une promiscuité propice à une propagation potentielle.

Au moment de faire une recherche sur internet avant de conclure cette chronique, on tombe sur un étonnant fait divers relaté dans un grand quotidien national : « Bagarre et rayons dévalisés à l'Auchan de Buchelay ». Pathétique confirmation d'un climat alimenté par des menaces de confinement à l'Italienne. Invraisemblable il y a quelques semaines de cela, cette désolante réalité a dépassé l'entendement. Par peur du manque, on vide allègrement les rayons alors que rien ne le justifie.

D'aucuns argumenteront que l'égoïsme n'est pas la seule raison de ces comportements : comment en vouloir à de jeunes parents de stocker pour le bien de leurs enfants, à ces pères de vouloir protéger leurs familles, à ces anciens de redouter une solitude imposée. Choqués par des événements qui bousculent bien des certitudes, de braves gens de la vie ordinaire ont provisoirement perdu le sens de la mesure. En oubliant probablement que leurs propres voisins ne trouveront peut-être pas le paquet de pâtes qui leur manque. Faute d'avoir suivi la ruée collective...

Au rayon des produits sanitaires, on ne trouve plus de désinfectant et de gel hydroalcoolique.
Au rayon des produits sanitaires, on ne trouve plus de désinfectant et de gel hydroalcoolique.