Rue de la Gare aux Ponts-de-Cé, l’histoire en héritage

20/09/2018

L'histoire d'une rue, c'est parfois toute une histoire. Parallèle à la Loire à hauteur du pont Dumnacus, fréquentée au quotidien par les élèves du Collège Saint-Laud, la discrète rue de la Gare aux Ponts-de-Cé ne le fut pas autrefois. Méconnue, son histoire s'est révélée récemment au détour d'une visite guidée...

Il aura fallu qu'Angers Loire Tourisme inscrive cette découverte au menu de ses « Échappées belles » pour que l'histoire riche et mouvementée de cette discrète rue soit portée à la connaissance des habitants des Ponts-de-Cé mais aussi des Angevins en nombre pour l'occasion. Sous la houlette de Gilbert Ferchaux, historien amateur et natif local, un groupe composé de plusieurs dizaines de touristes s'est laissé guider au gré d'une balade commentée avec maestria par ce retraité amoureux de l'histoire de sa commune.

Des caractéristiques touristiques et culturelles des Ponts-de-Cé, tout le monde connaît le château du Roi-René et ses douves, le Musée des coiffes, le pont Dumnacus et son panorama sur la Loire, la baignade municipale nichée en décor naturel... En revanche, peu de gens citent la rue de la Gare comme une curiosité valant la peine d'une visite. Lacune en partie comblée grâce à cette flânerie patrimoniale. Car faute de documentation disponible à destination du grand public, chacun assumait une ignorance contrainte sur le passé de cette artère.

Position visiblement partagée par le badaud malencontreusement aventuré sur cette voie signalée comme étant sans issue : la route en question ne mène effectivement nulle part, n'offre aucune échappatoire et se termine en cul de sac face à une barricade dressée à la hâte au bout de l'asphalte. Un obstacle qui anéantit complètement l'espoir de dénicher un quelconque point de vue sur la Loire toute proche. Gâchis ultime érigé par des propriétaires visiblement agacés par la curiosité collective. Le demi-tour s'impose brutalement...

Le quidam aura quand même eu le temps d'admirer le charme suranné de quelques villas bâties à la belle époque, de s'attarder sur ces drôles de constructions de plaisance, d'observer les luxurieux jardins potagers, d'apercevoir le fleuve à travers les habitations posées côté rive, d'apprécier l'atmosphère champêtre. À l'évidence, le lieu possède un charme incontestable en cultivant une discrétion sans égale. Mais pour l'égaré de service, la découverte s'achève là.

Une gare, un pont, une escale balnéaire, deux hôtel


« À l'époque, une ligne de chemin de fer, exploitée à partir de 1870, donna lieu à l'édification en 1888 de la seconde gare des Ponts-de-Cé : la première, située à La Pyramide côté Ponts-de-Cé, était partagée avec la ville d'Angers. C'était avant que les voyageurs empruntent le tramway arrivé bien plus tard », rappelle l'érudit. À partir de ce moment-là, grâce à cette station ferroviaire, la rue, bien que submersible par grande crue, prit graduellement son essor avec la construction de maisons ainsi que de l'Hôtel de la Gare. Toujours visibles mais désormais propriétés de particuliers, les deux bâtisses ne se découvrent pas facilement, tant elles se font discrètes.

Cependant, la chronique de la rue ne s'achève pas là... Sur la distance mesurée d'à peine plus de deux kilomètres aller et retour de « l'Échappée belle », l'auditoire aura été tenu en éveil pendant près de deux heures. Le temps de se faire rappeler que le passé du quartier se nourrit à la fois de bons souvenirs (lieu de villégiature, patrimoine, art de vivre), mais également de tragédies, comme celle qui a couté la vie à de nombreuses personnes lors du déraillement ferroviaire du 4 août 1907 sur le pont du chemin de fer.

Ce terrible événement coûta la vie à vingt-neuf personnes parmi les passagers du train qui, après être passé à travers le tablier, plongea dans la Loire. Selon des témoignages relatés dans la presse de l'époque, l'état défectueux du pont était tellement manifeste que les pêcheurs du cru ne s'aventuraient guère à taquiner le poisson sous ses piliers, de peur de prendre des pièces métalliques sur la tête. Cet ouvrage fut finalement détruit à la fin de la seconde guerre mondiale sous le feu d'un bombardement exécuté par l'aviation américaine.

Sort plus heureux, en revanche, pour l'Hôtel de la Loire sis à l'angle de la rue Pasteur et de la rue de la Gare, à proximité du pont Dumnacus : l'établissement de Monsieur Germain, son propriétaire, abritait une telle collection de costumes militaires des guerres de 1870 er 14-18 que les officiers allemands, surpris par son ampleur, l'épargnèrent contre toute attente, tout en mettant un terme à l'activité de l'entreprise. Là aussi, et bien que désormais reconvertie en commerces, la bâtisse existe encore...

Le texte ci-dessus a été publié dans un journal web désormais fermé et appartient à son signataire, initiateur du présent projet. Il a
vocation à remplir le vide de la page blanche en attendant d'être chassé par des contributions récentes.