Sur le boulevard Foch, le dernier cinéma n’existe plus

20/06/2021

À Angers, une page de l'histoire du 7e art s'est définitivement tournée avec la disparition annoncée de l'ex-cinéma Les Variétés. Pour ceux qui ont connu le boulevard Foch du temps où sa fréquentation variait au gré des séances de ses trois complexes cinématographiques, la pilule est amère.

La physionomie du boulevard Foch va changer (photo Lefilmfrançais).
La physionomie du boulevard Foch va changer (photo Lefilmfrançais).

Toutes générations confondues, chacun connait l'existence de ce cinéma emblématique et sa localisation au cœur de la ville. À l'abandon depuis quelques années, le bâtiment présente désormais une façade occultée par des planches, sans la raison sociale qu'elle arborait fièrement sur son fronton. Ultime rescapé d'un trio rival et riverain qu'il composait avec le Colisée et l'Ariel, il fut créé pendant la première guerre mondiale quand ce boulevard s'appelait encore le boulevard de Saumur.

Lieu jadis le plus fréquenté de la ville avec ses commerces, ses terrasses de café, ses hôtels, ses immeubles anciens - et bien évidemment ses trois cinémas - le boulevard est en passe de se laisser voler son leadership. D'autres centres d'intérêt ont émergé ça et là (les rues piétonnes, les rives de la Maine, les bars branchés) et ont détourné les habitudes des Angevins... Certains se souviendront quand même qu'on venait complaisamment s'y faire tirer le portrait dans les années 70 et 80 par un photographe ambulant, avant ou après une petite toile aux Variétés.

Aux 400 Coups, un film de 1958 à l'affiche.
Aux 400 Coups, un film de 1958 à l'affiche.

Mais comme on le dit maintenant : ça c'était avant ! Aujourd'hui, les exploitants rentabilisent leurs investissements en multipliant les mètres carrés et en migrant en périphérie. Seul cinéma de ville encore présent intra-muros, Les 400 Coups ont été les seuls à résister, surtout grâce au soutien inconditionnel des fidèles et des cinéphiles, la programmation Art et Essai y étant sûrement pour beaucoup. Il n'empêche, la roue tourne inexorablement.

Autre temps, autres mœurs ! Il est fini le temps où on venait sur ce boulevard pour y nourrir son imaginaire en se rendant dans un cinéma. Demain, en ce lieu, la nourriture disponible sera essentiellement comestible avec l'installation prévue d'un mousquetaire de la distribution. Après un Biocoop et un Casino établis à deux pas de là, un Intermarché remplacerait le défunt cinéma, selon le quotidien Ouest France ... Dame ! il faut bien alimenter tous ces urbains pressés et aller les chercher, avant qu'ils adoptent massivement la vente en drive ou en ligne.